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  • : Évoluer en 3ème division: une autre vision du football.
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  • : Évoluer en 3ème division, ce sont des recherches, des comptes-rendus, des événements. C'est une modeste contribution à la recherche en sciences sociales et en histoire sur le football. La chanson de Miossec a inspiré le blog. Si aucune dynamique de chansons sur le football n'a suivi, elle n'en est pas moins un hymne décalé, aux joueurs rugueux et amateurs. Tout chercheur sur le football est footballeur amateur et "professionnel" du football.
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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 22:04

 

 

 

Ce n'est peut-être pas de la troisième division, mais du marketing par une grande firme internationale... Mais l'exercice est plutôt réussi. Après un maillot extérieur du type marinière qui a plu autant qu'il a déplu pendant une année, Nike propose une nouvelle tenue extérieure immaculée, avec le rappel de la marinière sur les manches, une rupture dans la continuité. Un maillot correct, qui connaîtra un certain succès à n'en pas douter. Un design à la fois simple et sophistiqué sur le plan technique, tout aussi écologique que le précédent. Celui-ci est fait, selon l'équipementier, de matériaux recyclés à hauteur de 95%. C'est du gadget, cela peut paraître démago, mais ça a le mérite d'être fait. Qui plus est, un maillot qui n'est pas réservé aux parties du dimanche, qui peut se porter tel un polo. 

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Le plus intéressant vient de la promotion du maillot... Sans joueur, avec une joueuse, Laure Boulleau, des sportifs, français ou non, et d'autres encore : Boris Diaw en photographe en chef, capitaine de l'équipe de France de basket, joueur aux Charlotte Bobcats ; Brodinski, DJ et producteur ; Laure Boulleau, joueuse du PSG et de l'équipe de France de football ; Alexandre Vauthier, créteur, et le mannequin Aurélie Claudel ; Steve Nash, double MVP de NBA, basketteur aux Phoenix Suns ; Eric Judor, comédien ; Carl Lewis, multimédaillé olympique ; Fulgence Ouedraogo, rugbyman international jouant à Montpellier ; Alex Olson, Skater ; Sneazzy West et Nekfeu, rappeurs. Si Nike fait des maillots originaux, l'équipementier fait aussi une promotion originale, qui ne laisse pas la place aux joueurs. Le meilleur moyen pour faire aimer une équipe aux résultats pas encore à la hauteur des attentes placées en elle et son sélectionneur. 

 

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 22:40

Dans un recoin de rayon de librairie .... Droit et Coupe du Monde, dirigé par Mathieu Maisonneuve, publié chez Economica en septembre 2011. Si je n'ai pas encore eu le temps de le lire, l'ouvrage semble alléchant ! 25 contributions sur le "mariage" entre droit et coupe du monde, entre droit et football à travers le prisme de la coupe du monde, qui reste l'événement footballistique majeur. L'ouvrage avait fait l'objet d'une recension ici dès sa sortie. 

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Le droit est un complément non négligeable pour les sciences sociales dans l'étude des sports, même s'il est parfois délaissé. Dans les sujets que j'ai pu aborder dans mon mémoire et quelques recherches, le droit a joué un rôle important, dans l'étude des législations s'appliquant aux supporters, ou encore des normes inhérentes aux stades sur différents points ; notamment, avec des actes d'un colloque dirigé par Gérald Simon (contributeur à cet ouvrage), intitulé Le stade et le droit, paru chez Dalloz en 2008. 

 

Par ailleurs, on peut noter que les éditions Economica sont très actives sur ce type de publication, avec différents ouvrages dans les années 1980 : Le sportif et le groupement sportif (1981), Responsabilité et assurance (1984), Sport, droit et relations internationales (1988) ; plus tardivement, on a eu la publication entre autres, de mon directeur de recherches, Jean-Paul Callède, Les politiques sportives en France, paru en 2000. 

 

Dernière chose... Luc Misson, cofondateur du NF-Board, a contribué à l'ouvrage en écrivant sur la VIVA World Cup. Et peuvent être mises en lien les pages de Pierre Collomb de l'université de Nice Sophia-Antipolis sur "Qu'est-ce qu'une équipe nationale ?". 

 

Sommaire :

Mathieu Maisonneuve, Avant-Propos.

Denys Simon, Préface.


PREMIERE PARTIE : COUPE DU MONDE ET DROIT SPORTIF

Franck Latty, La lex fifa.

Cécile Chaussard, Le dopage lors des coupes du monde.

Pierre Collomb, Qu'est-ce qu'une équipe nationale

Gérald Simon, Chronique d'une démission annoncée : les associations nationales de football entre le marteau de la FIFA et l'enclume des gouvernements. Brèves réflexions sur l'indépendance des fédérations sportives

Michel Zen Ruffinen, Le statut juridique des arbitres de football actifs lors des coupes du monde.

Gwenaël Bily et Dominique Lepelley, Analyse économique du règlement sportif de la coupe du monde de football.

 

DEUXIEME PARTIE : COUPE DU MONDE ET DROIT PRIVE

Frédéric Buy, Coupe du monde et droit des contrats.

Didier Poracchia et Gaylor Rabu, Le droit à l'information pendant la Coupe du monde.

Charles Amson, Les paris sportifs et la Coupe du monde.

Guilhem Gil, Publicité et Coupe du monde.

Jean-Michel Marmayou, Coupe du monde de football : comment lutter contre l'ambush marketing ?

David Jacotot, Le statut des sportifs professionnels sélectionnés en équipe de France.

 

TROISIEME PARTIE : COUPE DU MONDE ET DROIT PUBLIC

Jean-François Lachaume, Coupe du monde et service public.

Jean-Marc Duval, Le pouvoir de sélection des fédérations nationales.

Jacques Saurel, Coupe du monde et droit fiscal : l'imposition des primes versées aux membres de l'équipe de France.

Frédéric Colin, Le financement public des coupes du monde.

Grégory Kalflèche, Les stades accueillant les coupes du monde de football.

Marc Peltier, Les groupements d'intérêt public "Coupe du monde".

Mathieu Touzeil-Divina (sous la direction), Coupe du monde de football et Droit parlementaire. Eléments d'un dictionnaire (doublement) amoureux.

Serge Slama, Etrangers et coupe du monde : un laboratoire de la mondialisation et la liberté de circulation

Francesco Martucci, Coupe du monde et droit de l'Union européenne.

 

QUATRIEME PARTIE : LA COUPE DU MONDE AU-DELA DU DROIT

Jérôme Champagne, Coupe du monde et relations internationales.

Luc Misson, VIVA World Cup : pour que tout le monde joue.

Pascal Duret eet Sylvain Cubizolles, Enjeux et bilan de la Coupe du monde en Afrique du Sud

Jean-Marc Rizzo, La coupe du monde de football 2010. Et les gagnants sont...

 

Philippe Jestaz, Conclusion

 

 

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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 20:25

 

Partie 1 : ici


Le N.F.-Board, concurrent ou antichambre de la FIFA ?

En 2003, les fédérations en marge du football institué et patronné par la FIFA s'organisent dans une nouvelle institution : le Nouvelle Fédération-Board. L'initiative vient de quatre hommes, qui décident de sa création dans un pub de Liège, La Mort subite, à l'image de la création de la FA en Angleterre en 1863, dans la Freemasons' Tavern. « La France est un pays qui aime bien créer des institutions » écrivait Pascal Boniface en 2002. C'est encore le cas avec le N.F.-Board. Le premier bureau dirigeant est composé de Christian Michelis, président, qui est vice-président délégué du Challenge Prince Rainier III à Monaco ; le vice-président était Jean-Luc Kit, président et fondateur de l'Observatoire Mondial des Footballs ; le secrétaire général était Luc Misson, avocat de Jean-Marc Bosman ; enfin, le quatrième membre fondateur était Thierry Marcadé, qui promouvait le football au Tibet. Six fédérations adhèrent à la nouvelle fédération dès sa création, mais seulement deux sont directement affiliées : Monaco et la Laponie. Les autres membres originels sont le Sahara Occidental, Chypre du Nord, le Tibet1 et les Chagos. Pour Jean-Luc Kit, 77 fédérations pouvaient aspirer à entrer dans le N.F.-Board. Avant la première VIVA World Cup, 21 fédérations étaient affiliées, de façon provisoire, associée ou définitive. Zanzibar et le Somaliland en 2004, avant une année 2005 marquée par 11 adhésions : Tchétchénie, Basse-Saxe du Sud, Saugeais, Occitanie, Romanie, Sealand, Papouasie Occidentale, Moluques du Sud, Cameroun Méridional, Groenland et Kiribati. L'année 2006 voit l'adhésion définitive de plusieurs fédérations, et l'arrivée de Rijeka, des Masaï et de l'île de Pâques ; en 2007, le N.F.-Board compte 26 fédérations, avec l'ajout de Yap, de la Wallonie, de Casamance, de Gozo et de la Padanie. 31 fédérations sont comptabilisées en 2008, et le Skaneland est la 34e fédération du N.F.-Board en avril 2011. Un des rares membres à avoir quitté l'institution émergente est Monaco : le gouvernement monégasque a interdit l'équipe de jouer contre certaines fédérations, pour des raisons politiques.

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Ainsi se pose la question des buts du N.F.-Board, et de son apolitisme. Le N.F.-Board a pour but, selon l'article 2 de son règlement intérieur, de fédérer les Football associations non affiliées à la FIFA, et ce dans le but de les préparer, un jour, à rentrer dans la FIFA. Ainsi, elle ne se place pas en concurrente de la FIFA, mais comme complémentaire, comme l'antichambre de la FIFA. Elle permet à certaines fédérations de jouer des matchs internationaux avant une entrée possible dans la FIFA : Kiribati est membre associé du N.F.-Board, malgré des candidatures à l'entrée dans la FIFA, et le Groenland l'est également, la FIFA ne voulant le faire entrer pour des raisons de terrains non homologués. L'instance rassemble plusieurs types de fédérations, qui correspondent à des territoires, des peuples, qui répondent de différentes conceptions de la nation. Tout d'abord, adhèrent des États-nations comme Monaco, ou Kiribati. Les régions autonomes sont une autre catégorie représentée, avec le Groenland, le Kurdistan, le Tibet. Des peuples sans État prennent part à cette construction sportive, avec les Roms, les Araméens, les Chagossiens. Enfin, dans la catégorie « séparatistes », on retrouve diverses nations plus ou moins farfelues : la Tchétchénie, le Cameroun Méridional, mais aussi Sealand, cette plateforme britannique devenue principauté en 1967, la république du Saugeais, dans le Doubs, ou encore l'Occitanie, la Provence et la Padanie, création de la Ligue du Nord. Le N.F.-Board a reçu en 2007 des candidatures en provenance des équipes régionales espagnoles. La même année, les fédérations basque et catalane signaient la « déclaration de San Mamès », les engageant à tout mettre en œuvre pour la reconnaissance des équipes régionales.

Si l'initiative du N.-F.-Board peut sembler anecdotique, elle a pour objet de « donner une vitrine culturelle » aux « Peuples et Nations de la Terre ». En plus d'être un mouvement sportif, il s'agit d'un mouvement culturel, promouvant les différentes cultures des peuples représentés, et parfois d'un mouvement politique, les équipes restant le porte-drapeau des causes défendues. Cette vocation culturelle a trouvé comme issue, pour l'organisation de la VIVA World Cup 2012, un partenariat avec l'association Arts, Cultures, Sports et Civilisations, qui organisera en même temps un festival des cultures. Au vu de la diversité des populations représentées dans les assemblées du N.F.-Board, Matthew Weiner écrivait en février 2006 dans le Timesqu'elles ressemblaient aux scènes de bar dans Star Wars ! Enfin, à l'instar de la FIFA, le N.F.-Board s'est structuré en confédérations régionales. La seule pérenne est le CSANFConsejo Sudamericano de Nuevas Federaciones, fort de 7 membres à ce jour. Une confédération européenne, la CNEF, a été en construction et dissoutee en 2009. La même année était en formation une confédération rassemblant les fédérations d'Amérique du Nord, d'Amérique centrale et de l'océan arctique.


La VIVA World Cup, un essai à transformer.

Dès sa création, le N.F.-Board se mit comme objectif d'organiser une compétition pour faire se rencontrer les équipes dans l'esprit du jeu. Avant la création de la VIVA World Cup, plusieurs compétitions existaient, et existent toujours, entre les petites nations, territoires et peuples. Parmi les plus durables, on peut évoquer l'Adam Shield, qui opposa les îles Féroé aux Shetland de 1935 à 1967 ; le tournoi des îles Leeward, opposant depuis 1949 des îles cmme Anguilla, Saint Croix, Saint Martin, etc. ; le Muratti Vase, entre Guernesey, Alderney et Jersey, entre 1905 et 2007 ; la Milne Cup, entre Orkney et Shetland, depuis 1919. Le tournoi le plus durable et le plus relevé est le tournoi de football des jeux des îles, organisé par l'International Islands Games Association depuis 1989. La compétition réunit désormais seize équipes, devenant le premier tournoi de football pour les équipes non affiliées à la FIFA. Le tournoi féminin des jeux des îles a été lancé pour sa part en 2001. L'IGA compte actuellement 24 membres, dont certains peuvent prétendre à participer aux compétitions du N.F.-Board. Ainsi, ce dernier a décidé d'organiser la VIVA World Cup tous les deux ans, pour qu'elle puisse être disputée par le plus grand nombre d'équipes possible.

Le début des années 2000 a été marqué par un foisonnement d'initiatives et de compétitions d'équipes non affiliées à la FIFA : Pasefika Cup, Windward Islands Tournament, GFA Tournament, Tournoi des îles, par exemple. Le N.F.-Board a accompagné l'organisation de deux tournois en 2005 : l'UNPO Cup, du 24 au 26 juin, et la coupe des 50 ans de la KTFF, la fédération de Chypre du Nord, du 2 au 4 novembre. L'UNPO Cup est une compétition organisée en marge de la 7ème assemblée générale de l'UNPO, l'Organisation des Nationes et des Peuples non-représentés (Unrepresented Nations and Peoples Organization), fondée en 1991 et avec son siège à La Haye. La compétition a opposé la Papouasie Occidentale, les Moluques du Sud, la Tchétchénie et le Cameroun Méridional (représentant l'Ambazonie), tous membres de l'organisation. Les Moluques du Sud ont remporté la compétition. Les 50 ans de la KTFF ont été un test pour le N.F.-Board, qui préparait sa première VIVA World Cup : y participent, en plus du pays hôte, le Kosovo et la Laponie. Ce sont les Chypriotes qui remportent la compétition, après un tournoi triangulaire.

En 2006, avant la coupe du monde allemande a lieu la FIFI Wild Cup, organisée par le club de St. Pauli, à Hambourg. Tous les matchs se déroulent au Millerntor-Stadion, et on assiste à une victoire de Chypre du Nord, dans un tournoi ayant opposé le Groenland, Chypre du Nord, le Tibet, Gibraltar, Zanzibar et la « République de St. Pauli ». Au mois de novembre doit être organisé la première VIVA World Cup à Chypre, au vu des résultats de cette équipe et de l'organisation des festivités des 50 ans de la fédération. Mais après des ingérences politiques, et le refus de recevoir des équipes comme le Kurdistan, le N.F.-Board décide d'organiser sa première coupe du monde en Occitanie, à Hyères-les-Palmiers, tandis que la fédération chypriote organisait l'ELF Cup aux mêmes dates, du 19 au 25 novembre 2006. L'ELF (pour Egality, Liberty, Fraternity) Cup eut un nombre d'équipes plus élevés, la KTFF ayant proposé aux équipes intéressées de financer leur voyage, contrairement au N.F.-Board qui ne peut se permettre un tel investissement. Sept équipes sont reçues, dont trois membres du N.F.-Board et deux de la FIFA : Zanzibar, le Tibet, le Groenland, et le Kirghizistan et le Tadjikistan. Ces deux dernières, sous la pression de la FIFA, envoient leur équipe de futsal, tandis que l'Afghanistan a préféré annuler sa participation. Les deux dernières équipes à prendre part à la compétition, qui voit la victoire de Chypre du Nord, sont la Gagaouzie et les Tatars de Crimée. Quant à la VIVA World Cup, qui devait opposer huit équipes à l'origine, fut réduit à six du fait de la participation de membres du N.F.-Board à l'ELF Cup. Trois de ces six équipes ne purent participer à la compétition : la Papouasie occidentale qui n'a pas assisté à l'assemblée générale du N.F.-Board en septembre 2006, la fédération Rom pour des problèmes logistiques et le Cameroun Méridional pour des problèmes de visa, au dernier moment. Les trois compétiteurs sont la Laponie, Monaco et l'Occitanie, « pays » hôte. La finale oppose la Laponie à Monaco, pour une victoire 21-1 des Lapons, devant 150 spectateurs au stade Perruc d'Hyères, bien loin de l'Olympiastadion, lieu de la finale de la coupe du monde de la FIFA la même année.

 

La VIVA World Cup 2008, organisée à Gällivare, en Laponie, a lieu du 7 au 13 juillet. Elle est précédée en juin de la même année par l'Europeada, organisée en Suisse par l'Union fédéraliste des communautés ethniques européennes, et remportée par le Sud-Tyrol face aux Croates de Serbie. Alors que le N.F.-Board espérait douze participants, seules cinq équipes prennent part à la deuxième édition de la compétition, auxquelles s'ajoutent deux équipes pour le tournoi féminin. Pour le tournoi masculin, ce sont la Laponie, la Padanie, la Provence, le Kurdistan et les Araméens ; le tournoi féminin oppose la Laponie au Kurdistan. La Padanie remporte pour la première fois la compétition face aux Araméens, avec dans leurs rangs des joueurs professionnels comme Federico Cossato ou Massimiliano Scaglia. La double confrontation féminine est remportée par les joueuses locales, qui battent leurs homologues kurdes 4-0 puis 12-1. Cette compétition a fait l'objet de nombreux articles dans la presse, médiatisant l'action du N.F.-Board partout dans le monde : des articles ont été recensés en France, en Italie, au Royaume-Uni, au Brésil, au Danemark, au Portugal mais aussi en Pologne, en Slovaquie, en Thaïlande, en Uruguay, en Inde et au Botswana. À cette occasion est publié un article très complet par Sport et Vie en Belgique.

La Padanie organise la VIVA World Cup en 2009, le N.F.-Board ayant décidé d'adopter un rythme annuel, avant de revenir sur cette décision. Pour la première fois, les matchs ont lieu dans des stades de grande taille, même si les affluences restent minimes : le stade Franco Ossola de Varese, le stade Mario Rigamonti de Brescia, le stade Silvio Piola de Novara et le stade Marcantonio Bentegodi, de près de 40 000 places, où évoluent le Chievo Vérone et l'Hellas Vérone. Six équipes participent à l'événement : la Padanie, l'Occitanie, le Kurdistan, la Provence, Gozo, et la Laponie. La Padanie remporte son deuxième titre mondial face au Kurdistan devant 2 000 spectateurs en finale, et dans son effectif cette année-là Maurizio Ganz, qui a joué pour l'Inter Milan et le Milan AC à la fin des années 1990.

La dernière édition de la VIVA World Cup s'est tenue à Gozo, une île de Malte, du 29 mai au 6 juin 2010, au Gozo stadiul de Xewkija et au Sannat Ground de Sannat, respectivement 4 000 et 1 500 places, loin des stades nouvellement construits en Afrique du Sud. Six équipes y prennent part, dont une nouvelle : le Royaume des Deux-Siciles. Les autres participants sont le tenant du titre, la Padanie, le Kurdistan, l'Occitanie, Gozo et la Provence. La Padanie s'impose en finale face au Kurdistan, tandis que pour le tournoi féminin, qui ne rassemble que deux équipes, la Padanie étrille Gozo 4-0.


L'édition 2012 de la VIVA World Cup doit avoir lieu du 25 mai au 5 juin 2012 au Kurdistan, dans la province d'Erbil. Si l'on ne peut mesurer l'impact réel des éditions précédentes, et leur importance, on peut noter que la presse s'y est intéressée, même comme une simple curiosité, ainsi que quelques chercheurs, en témoignent les mots de Pascal Boniface en 2009 dans une interview donnée au Monde. La plus grande difficulté pour le N.F.-Board est de trouver des ressources pour, à terme, pouvoir financer au moins en partie le voyage des équipes, et éviter des désistements. Pour l'équipe tibétaine, ce genre de voyage est estimé à 30 000 €. Ce type de compétition et d'institution met en avant, par le sport, des identités régionales et nationales souvent méconnues, parfois insignifiantes. Mais c'est l'occasion pour ces peuples, nations, territoires d'affirmer et d'afficher leur identité. Sept délégations se sont déplacées pour le voyage de reconnaissance effectué en septembre 2011 au Kurdistan : l'Occitanie, la Provence, la Rhétie, les Chagos, le royaume des Deux-Siciles, Gozo et Monaco ; celles-ci, ainsi que les représentants du N.F.-Board ont rencontré les entreprises locales, partenaires potentiels, les diplomates régionaux, kurdes et français, ainsi que les installations, dans une région en plein essor. La VIVA World Cup ne peut être un levier économique aussi grand que son homologue de la FIFA, mais elle permet à des territoires et des peuples de se montrer, pour qu'ils puissent par la suite faire valoir leurs capacités organisationnelles, et éventuellement intégrer les confédérations régionales affiliées à la FIFA, ou la FIFA elle-même. L'objectif est aussi, pour Jean-Luc Kit, de « rapprocher des gens qui ne se sont pas toujours parlé », « puisque dans l'irréductible village de la VIVA World Cup, un autre football est apparemment possible ».

 

Bibliographie sur les différents points (celle-ci sera prochainement augmentée)

Sur le N.F.-Board et la VIVA World Cup :

Pim Verschuuren, « Une coupe du monde de foot pour les peuples dépourvus d'État », 16 décembre 2009. [ici]

Sur la nation et le nationalisme dans le football et dans le sport :

- Paul Dietschy, « Les avatars de l'équipe nationale. Football, nation et politique depuis la fin du 19e siècle », Vingtième Siècle. Revue d'Histoire, n°111, juillet-septembre 2011, p.35-47.

- Jean Saint-Martin, « Nationalismes », dans Michaël Attali et Jean Saint-Martin (dir.), Dictionnaire culturel du sport, Paris, Armand Colin, 2010, p.350-354.

Les ouvrages de Pascal Boniface comportent des passages sur les équipes nationales non affiliées et les équipes régionales :

- Pascal Boniface, La terre est ronde comme un ballon. Géopolitique du football, Paris, Seuil, 2002 (notamment p.72-73).

- Pascal Boniface, Football et Mondialisation, Paris, Armand Colin, 2006.

Sur la question des équipes nationales non affiliées à la FIFA, et la question des nations dans le football :

- Steve Menary, Outcasts ! The Lands That FIFA Forgot, Know The Score Books, 2007. Cet ouvrage est prolongé sur le blog de l'auteur, http://outcasts-book.blogspot.com.

- Steve Menary, GB United ? Bristish Olympic Football and the End of the Amateur Dream, Pitch Published Ltd., 2010.

Sur le football en Corse :

- Didier Rey, La Corse et son football, 1905-2000, Ajaccio, Albiana, 2003.

- Victor Sinet, Corse au football de feu, Paris, Calmann-Lévy, 1971.

- Victor Sinet, La fabuleuse histoire du football corse, Ajaccio, Albiana, 2000.

Sur le football en Catalogne et au Pays Basque :

- François Besson, Identité et football en Catalogne. Le rôle du football dans la construction identitaire en Catalogne de la fin du XIXe siècle à nos jours, Mémoire de science politique, IEP de Grenoble, 2004.

- Antoni Closa, Selecció Catalana de Fútbol : nou dècades d'història, Editorial Jaume Rius, 1999.

- Joseba Gotzon Varela, Euskadiko Futbol Selekziareb Historia, Bilbao, Beitia, 1998.

Plus large sur le Pays Basque, comprenant des passages sur le football :

- Jeremy MacClancy, Expressing identities in the Basque arena, Oxford/Santa Fe, James Currey/School for Advanced Research Press, 2007. 



1 Sur l'équipe nationale du Tibet, voir le film The Forbidden Team de 2003.

 

 

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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 19:11

L'année footballistique 2012 sera marquée par trois événements majeurs en football : la Coupe d'Afrique des Nations en Guinée équatoriale et au Gabon, l'Euro 2012 qui prendra place en Pologne et en Ukraine et le 23e tournoi olympique de football, à Londres, mais aussi Manchester, Cardiff, Coventry, Newcastle, et Glasgow. Un troisième tournoi, de nature mondiale, se jouera du 25 mai au 5 juin 2012 : la 5e édition de la VIVA World Cup, organisée par le N.F.-Board, au Kurdistan irakien, dans la province d'Erbil. Cette compétition, qui oppose des équipes non affiliées à la FIFA, soulève la question des sélections nationales et régionales, qui ne représentent pas un pays reconnu internationalement. Les sélections nationales et leur reconnaissance internationale, au-delà des considérations et analyses géopolitiques qu'elles suscitent, interrogent sur la conception de la nation dans le sport et des identités nationales. Les règles de la FIFA (et des différentes confédérations européennes) ont été relativement souples par le passé. Mais depuis la fin des années 1990, n'est seulement admissible « toute fédération responsable de l'organisation du football dans son propre pays », le pays « étant reconnu par la communauté internationale ». Pour les autres fédérations aspirant à jouer les compétitions de la FIFA doivent recevoir l'approbation de la fédération nationale. En France, la FFF a accepté le détachement de Tahiti en 1990, et de la Nouvelle-Calédonie en 2004. La fédération palestinienne a également été affiliée à la FIFA en 1998 ; autre exemple, les îles Féroé, dont l'adhésion à l'institution internationale date de 1988.


Les oubliés de la FIFA ?

Cependant, si la FIFA compte 208 membres à ce jour (contre 193 pour les Nations Unies), tous les États reconnus par la communauté internationale ne disposent pas d'une fédération affiliée à la FIFA et d'une équipe la représentant au niveau international. Ces États sont au nombre de dix : Tuvalu, Kiribati, Nauru, la Micronésie, les îles Marshall, Palaos, le Vatican, Monaco, le Sud-Soudan et le Royaume-Uni. Les raisons sont pour chacun différentes. Le Sud-Soudan, dernier État en date reconnu par l'ONU, a organisé dès le 10 juillet 2011 des matchs amicaux pour fêter l'indépendance, en présence de Sepp Blatter. Kiribati est un membre associé de l'OFC (et au N.F.-Board), mais ses résultats face à d'autres équipes du Pacifique ont dissuadé la FIFA d'accepter, pour le moment, sa candidature. La Micronésie est également membre associé de l'OFC. Son premier match international a eu lieu en 1999. Sa non-affiliation résulte de l'absence de stade pouvant accueillir des rencontres internationales, et du développement du football dans l'archipel : une seule île sur les quatre fédérées joue au football. Palaos et Tuvalu sont également membres associés à l'OFC. Tuvalu a la particularité d'être la première équipe dont la fédération n'est pas affiliée à la FIFA à participer aux éliminatoires de la coupe du monde, grâce à ses résultats aux Jeux du Pacifique 2007. Depuis cette année, son sélectionneur est Foppe de Haan, ancien entraîneur du SC Heerenveen et des espoirs néerlandais. Nauru connaît les mêmes problèmes de structure, avec l'absence d'un stade convenable. Les îles Marshall sont, pour leur part, le seul État à ne pas disposer de fédération. Les cas européens sont différents. Le Vatican, dont le sélectionneur n'est autre que Giovanni Trapattoni, a joué deux matchs internationaux dans son histoire, face à Monaco. D'autres matchs ont été disputés face à des clubs, ou face aux équipes des forces de police italiennes. Les salariés du Vatican composent la sélection, avec des gardes suisses, qui ne peuvent quitter le territoire du fait de leur statut de militaires. La fédération monégasque pourrait prétendre à une affiliation à l'UEFA, mais elle s'y refuse pour ne pas menacer le club professionnel de l'AS Monaco. Membre fondateur du N.F.-Board, elle le quitte en 2010. Le Royaume-Uni, patrie du football, dispose de quatre fédérations, une pour chaque Home Nation. L'équipe du Royaume-Uni a été réunie ponctuellement pour des matchs de gala, alors que l'équipe de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord a participé à 9 Olympiades entre 1896 et 1972. Celle-ci devait être reformée pour les JO Londoniens de 2012, mais seuls les joueurs anglais pourraient prendre part à cette sélection. La reconnaissance par la communauté internationale des États n'assure pas à leur fédération une reconnaissance internationale.

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      Selecciun Munegu, 7 mai 2011 (Vatican-Monaco, 1-2)

 

Le poids croissant des sélections régionales.

Àcôté des sélections nationales, reconnues ou non par les instances dirigeantes du football, existent des sélections régionales, à portée internationale. Des compétitions officielles existent, comme la Coupe des Régions de l'UEFA, dont une première version a existé entre 1965 et 1978, et qui est disputée de façon biennale depuis 1999. Au palmarès, on retrouve le Pays Basque en 2005. Cette compétition est réservée aux sélections de joueurs amateurs, et pour le cas français, ce sont les équipes représentant les différentes ligues qui y évoluent (en 2011, la Ligue de Normandie a participé à la compétition). Mais les équipes régionales médiatisées sont pour leur part composées de joueurs professionnels. Les plus connues en France sont la Catalogne, le Pays Basque, mais aussi la Corse et la Bretagne. Les deux premières ont eu une existence difficile sous Franco. La sélection catalane a fourbi ses premières armes en 1904, avant de disputer des matchs plus régulièrement à partir de 1912. Ceux-ci avaient principalement lieu face à d'autres provinces espagnoles, et face à des clubs. La renaissance de l'équipe catalane en 1997 se fait face à des sélections nationales, parfois de premier ordre, et reconnues par la FIFA (exceptés deux matchs face au Pays Basque en 2006 et 2007). Le Pays Basque joue pour sa part son premier match en 1915 face à … la Catalogne. L'équipe devient active dans les années 1930, et la guerre d'Espagne les pousse à faire une tournée caritative dans différents pays d'Europe et d'Amérique. Exilés au Mexique à la fin de l'année 1937 et après une année de matchs d'exhibition, l'Euskadi XI est intégrée au championnat du Mexique en 1938-1939. La sélection basque fait son retour en 1979, et dispute des rencontres régulières depuis le début des années 2000, face à différentes sélections nationales et face à la Catalogne. En 2007, la "déclaration de San Mamès" vient matérialiser les ambitions sportives de la Catalogne, de la Galice et du Pays Basque.

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Bojan Krkic, Catalogne-Honduras, 28 décembre 2010 (4-0)


Alors que les équipes de Catalogne et du Pays Basque ont une envergure nationale, les sélections de Corse et de Bretagne connaissent une existence plus difficile, du fait de l'organisation du football français, et sont réunies pour des actions caritatives. Le premier match de la sélection corse se joue devant 5 000 personnes face à Nice en 1962. Après une rencontre face au Stade de Reims en 1963, une équipe de joueurs corses est réunie en 1967 par Victor Sinet pour affronter l'équipe de France, qui prépare un match face à la Roumanie : la Corse remporte le match 2-0 au stade Vélodrome de Marseille. Il faut attendre 1992 pour qu'une équipe corse resurgisse, pour un match en faveur des victimes de la catastrophe de Furiani, face à la Juventus Turin. En mai 1998, la Corse joue face au Cameroun, pour la préparation de ce dernier à la coupe du monde. Pour la Bretagne, le parcours est similaire au XXesiècle. Cependant, les réticences de la FFF empêchèrent de nombreuses rencontres de se dérouler, celle-ci voyant en l'équipe de Bretagne le moyen d'afficher des velléités politico-identitaires. Le premier match officiel fut disputé par des joueurs du FC Lorient en 1972, la première sélection bretonne joua au futsal en 1988 face aux États-Unis. En juillet 1997, la Bretagne Football Association (BFA) est créée et se donne pour objectif de promouvoir le football breton avec une équipe de professionnels. Elle joue également un match face au Cameroun, le 21 mai 1998, diffusé en prime-time sur Canal +. Les réticences de la FFF ne faiblissant pas, elle ne renoue avec le terrain que dans les années 2000, grâce au soutien du Club Bretagne Football. En mai 2008, elle joue à Saint-Brieuc un match face au Congo, diffusé sur Direct 8. En juin 2011, c'est la Guinée équatoriale qui est son adversaire. Mais en 2010, elle participe, en Corse, à la Corsica Football Cup, organisée par la Corsica Football Association, avec la Corse, le Togo et le Gabon. Avant d'organiser ce tournoi, la CFA était à l'origine d'un match Corse-Congo, avec, entre autres, Sébastien Squillaci et François Modesto ; lors de ce match a été joué pour la première fois l'hymne national corse, Diu vi salvi Regina, créé en 1735. La Corsica Football Cup de 2010 est la première compétition à laquelle participe le Togo après le drame de Cabinda en janvier de la même année. La compétition est remportée par la Corse. En mai 2011, une nouvelle rencontre internationale a lieu, face à la Bulgarie, remportée par la Corse. La sélection comptait dans ses rangs Squillaci, Modesto, Penneteau, mais aussi Ludovic Giuly.


 

 

Ces rencontres, qui visent à promouvoir le football local par des moyens légaux, sont aussi jouées dans le but d'affirmer une identité, identité nationale ou régionale. L'appel à des joueurs professionnels renforce cette idée. De plus, les critères de sélection se rapprochent de sélections participant aux compétitions mondiales. La BFA applique des critères de sélection similaires à ceux de la Guadeloupe et de la Martinique, qui sont autorisées à disputer les compétitions de la CONCACAF.

 

Partie 2 :

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29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 01:28

Ce 26 mai 2011, l'Olympique Lyonnais a remporté pour la première fois la Ligue des Champions féminine organisée par l'UEFA. Première pour une équipe française, l'OL, en plus de prendre sa revanche sur le 1. FFC Turbine Potsdam1, place le football féminin français de club au niveau de ses homologues suédois, allemand et anglais. Par ailleurs, cette performance sur le plan sportif est aussi une performance médiatique : l'Équipeleur a offert la une le jour de la finale, et Direct 8 a connu ses meilleures audiences, avec 4,8% de part de marché (1 147 000 téléspectateurs de moyenne), avec un pic de 1 875 000 téléspectateurs dans les dernières minutes du match. Cette victoire peut entraîner un envol définitif de ce football (trop) méconnu, parfois considéré comme disgrâcieux, et situé dans un entre-deux. En matière de médiatisation, il est au même niveau que le handball et le basket-ball, masculins et féminins, qui ont pourtant gagné de nombreux titres européens (notamment Mios-Biganos, en handball féminin, en 2011).

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Une discipline marginale ? 

Le football féminin français, qui émerge au début du XXesiècle, a vu sa croissance souvent freinée. L'essor originel est lié à la dynamique d'émancipation accompagnant la Première Guerre Mondiale. Les femmes sont appelées à travailler dans les usines, pour occuper les postes des hommes partis au front, et foulent également les pelouses de football. En Grande-Bretagne, berceau du football, 10 000 personnes assistent à un match opposant les équipes de deux usines de Preston le jour de Noël 1917. L'équipe féminine britannique la plus marquante de ce début de siècle est celle de l'usine mécanique de Dick Kerr. Les Dick Kerr's Ladies reçoivent l'équipe du Fémina-Sport de Paris le 29 avril 1920 à Manchester, pour ce qui constitue la première rencontre féminine internationale. Devant 25 000 spectateurs, l'équipe française bat son homologue par deux buts à zéro. En octobre 1920, 12 000 personnes se déplacent au stade Pershing à Paris pour assister à la revanche (1-1). En 1922, le retour du Fémina-Sport pour un match en Angleterre attire 30 000 spectateurs. Paris constitue donc le foyer principal du football féminin français. En 1918, la création du championnat de France par la FSFSF (Fédération des Sociétés Féminines Sportives de France) se fait autour de Paris. Malgré l'ouverture des phases finales aux équipes de province à l'occasion de la saison 1920-1921, l'intégralité des trophées distribués entre 1918 et 1932 le sont à des équipes parisiennes fondées au début des années 1910 : le Fémina-Sport remporte le trophée à douze reprises, l'En Avant Paris deux fois, et les Sportives de Paris une fois. Le Fémina-Sport effectue également une tournée de 1918 à 1922 dans toute la France pour promouvoir la pratique du football féminin. Malgré les efforts, les réticences ne faiblissent pas. En décembre 1921, en Angleterre, la FAinterdit le football féminin et la Ladies Football Association est créée. En avril 1933 en France, le football est radié des sports soutenus par la FSFSF. En 1941, le football féminin fait partie des sports « vigoureusement interdits » par l'État Français.

 

Après la Seconde Guerre Mondiale, les positions divergent. En 1951, le Costa Rica, fort de cinq équipes, plaide la cause du football féminin aux Jeux de Buenos Aires. Dans les années 1950, la FIFA apprend que 19 000 jeunes filles jouent au soccerdans des établissements secondaires aux États-Unis. En 1955, la Fédération Ouest-allemande interdit la pratique féminine. Si la FIFA ne reconnaît pas le football féminin, en 1957, l'Association Internationale Féminine de Football organise un championnat d'Europe des clubs. En 1969, la Fédération Internationale et Européenne de Football Féminin (FIEFF), soutenue par la société Martini et Rossi, organise deux championnats du monde, en Italie (1970) et au Mexique (1971). Dès lors, des fédérations assouplissent leurs positions et on entrevoit un retour au football féminin encadré. Seules 12 fédérations répondent favorablement en 1970 à une enquête de la FIFA sur le football féminin. L'UEFA donne en 1971 son accord pour une pratique encadrée par les fédérations. L'Europe germanique et scandinave fait figure de pionnière dans ce renouveau. Des championnats régionaux officiels et un championnat national non officiel voient le jour en 1972-1973, le championnat national devenant officiel la saison suivante. En Suisse, le championnat, non officiel en 1969-1970, le devient la saison suivante. La Suède organise un championnat régional dès 1970, et un championnat national en 1973.

En France, un championnat d'élite renaît en 1974, sous l'égide de la FFF, avec notamment comme initiatrices les joueuses du Stade de Reims.

 

Un championnat féminin français en mutation. 

Depuis sa renaissance en 1974-1975, le championnat de France de football féminin a connu des formules diverses et a mis près de vingt ans à se stabiliser. Seize équipes prennent part à la première saison, dont le Stade de Reims sort victorieux. La saison 1975-1976 se joue avec 18 équipes, 20 équipes participent à la compétition entre 1976 et 1979. En 1979, une formule à 48 équipes voit le jour. La première phase donne lieu à un classement, les 24 premiers s'affrontent pour le titre de D1, quand les 24 autres jouent le titre de champion de D2. Entre 1987 et 1992, 30 équipes composent cette élite. La formule se stabilise en 1992-1993, avec 12 équipes en lice. Une seule innovation modifié l'attribution du titre, avec une phase de play-off entre 2001 et 2004.

 

Une constante similaire au football masculin, décrite par Loïc Ravenel dans sa thèse, s'affiche dans cette élite. Il y a une forte proportion de clubs issus de petites et moyennes villes dans le championnat, tout comme pour l'élite du football masculin. En 1974-1975, lors de la saison originelle, les sections féminines du Stade de Reims, du FC Metz et du FC Rouen 1899, côtoient, entre autres, l'US Fourmies, le VGA Saint-Maur et le FC Vendenheim. D'autres clubs réputés ont une section féminine engagée dans les premières éditions du championnat, l'Olympique de Marseille et l'AS Cannes. Les équipes titrées sont celles qui sont le plus éloignées des structures professionnelles, et entrepreneuriales naissantes. L'AS Étrœungt remporte trois fois le championnat (1978, 1979 et 1981), le VGA Saint-Maur pas moins de six fois, l'ASJ Soyaux et le Saint-Brieuc SC une fois chacun. Les années 1990 et le début des années 2000 voient l'émergence d'autres clubs majeurs : le FC Lyon et le FCF Juvisy remportent quatre titres chacun, le Toulouse OAC trois titres.

Dans les années 2000, de nouvelles tendances apparaissent, structurant le championnat et lui donnant un nouveau visage. Les clubs professionnels masculins s'associent au développement du football féminin. Ainsi, la section féminine du Toulouse OAC, fondée en 1980 et championne de France en 2001, devient championne de France 2002 en tant que section féminine du Toulouse FC. La même année, la section féminine de l'Union Sportive du Mans devient celle du MUC 72, puis en 2010 celle du Mans FC. Le club de Montpellier-Le Crès, né de la fusion en 1990 du RC Paillad et de l'Entente Cressoise, se transforme en 2001 en section féminine du Montpellier HSC. La section féminine du FC Lyon, fondée en 1970, est rattachée à l'Olympique Lyonnais en 2004. À côté de ces rapprochements récents, des sections plus anciennes existent : la section féminine du Stade de Reims est née en 1970 du rapprochement avec le FCF Rouen, fondé en 1968. La section féminine du Paris Saint-Germain naît dès 1971. À Marseille, une section féminine existe dans les années 1920, puis de 1975 à 1986. En 2011, Jean-Claude Dassier annonce la renaissance d'une équipe féminine, inscrite en championnat du district de Provence. En 2009, l'AS Saint-Étienne a franchi le pas, avec le rattachement du RC de Saint-Étienne, fondé en 1977. Les sections de grands clubs vont dominer le football féminin hexagonal. Après le titre du TFC en 2002, le Montpellier HSC remporte deux titres en 2004 et 2005, et l'OL domine le championnat sans partage de 2007 à 2011. Seul le FCF Juvisy maintient son rythme des années 1990, avec deux titres, en 2003 et 2006.

 

L'investissement humain et financier des clubs majeurs français apporte de nouveaux moyens au football féminin. En 2009-2010, le budget de la section féminine de l'OL était de 3,5 millions d'euros (sur les 120 millions du club rhodanien), alors que le FCF Juvisy disposait d'un budget de 215 000 euros. L'écart de moyens est abyssal. Si les stades utilisés sont majoritairement des stades de catégorie 3, du niveau de CFA, les terrains utilisés par les formations professionnelles sont de très haut niveau. S'il peut être source d'une rupture d'équité, l'investissement financier et humain a constitué un levier non négligeable dans l'amélioration et la professionnalisation du football féminin.

Un autre événement a pu jouer un rôle dans la hausse du niveau du football féminin français : la faillite de la ligue nord-américaine, la Women's United Soccer Association, en 2003. Cette faillite entraîne un retour de joueuses importantes dans les championnats européens, comme Marinette Pichon, internationale française, sélectionnée par la FIFA en 2004 parmi les meilleurs joueuses de l'histoire du football féminin, qui rejoint le FCF Juvisy. En trois saisons, de 2004 à 2007, elle participe à 58 matchs et marque 89 buts. Le football féminin français profite de l'expérience d'autres joueuses passées par la WUSApuis par la WPS(Women's Professionnal Soccer, fondée en 2009). La brésilienne Katia Da Silva, passée par les San Jose CyberRays, joue à l'OL de 2007 à 2010 puis au PSG ; la suissesse Lara Dickenmann est passée par les Buckeyesde l'Université d'Ohio de 2004 à 2008. Dans l'équipe de l'OL ayant disputé la finale du 26 mai 2011, trois joueuses françaises sont passées par la case soccer: Sonia Bompastor, passée par les Washington Freedom (2009-2010), Laura Georges a joué au Boston College (2004-2007) et Camille Abily est passée par le Los Angeles Sol (2009) et le FC Gold Pride (2010). L'expérience accumulée par ces joueuses tire le niveau des clubs vers le haut.

 

Les affluences dans les stades restent cependant très éloignées des 12 000 spectateurs du stade Pershing en 1920, ou des 14 303 personnes ayant pris place à Craven Cottage le 26 mai 2011. La meilleure affluence après 21 journées est de 1 500 personnes, pour le match opposant l'Olympique Lyonnais à l'AS Saint-Étienne, disputé à Gerland. La journée ayant attiré le plus de monde est la 21e, avec 2 260 spectateurs. La 15ejournée n'avait attiré que 506 personnes dans les stades de D1. Au cours de la saison, 41 matchs sur 126 se sont disputés devant 100 spectateurs ou moins. Sept seulement ont eu lieu devant 500 spectateurs et plus. Après 21 journées, 24 005 personnes se sont déplacées dans les stades de première division, contre 2 599 448 en Ligue 2, 881 217 dans le championnat de National. À titre de comparaison, l'affluence globale de la première division féminine correspond à celle du club de Fréjus-Saint-Raphaël pour la saison 2010-2011, et la moyenne est de 190 spectateurs par match, contre 241 par match pour l'UJA Alfortville, plus faible moyenne du National. En termes d'image, le football féminin français a progressé mais manque encore de visibilité médiatique et de crédibilité parmi les amateurs et experts du football, dont certains s'étonnent encore de la féminisation des publics de Ligue 1. Le football féminin français est dans une dynamique positive, et cherche à s'imposer comme sport français qui compte.

 

La reconnaissance par la FIFA, un déclic ? 

Malgré quarante ans d'atermoiements, marqués par des réticences, de la défiance mais aussi la crainte d'être supplanté par une organisation concurrente, la FIFA a inséré le football féminin à sa politique universaliste. Au cours des années 1970 et 1980, l'ALFC, l'Asia Ladies' Football Confederation, encourage la FIFA à prendre le football féminin au sérieux, n demandant notamment son affiliation à l'institution internationale. Le congrès de la FIFA de 1986 réclame une véritable politique en faveur du football féminin. Un comité pour le football féminin voit le jour la même année, où une seule femme siège. Deux tournois sont organisés par la suite par la FIFA, en 1987 à Taïwan, et en 1988 en Chine; où 12 équipes s'affrontent pendant 24 matchs, devant 360 000 spectateurs. La première Coupe du Monde féminine de la FIFA a lieu en 1991 en Chine. L'Allemagne et les États-Unis ont gagné respectivement deux fois le titre mondial, la Norvège une fois. L'équipe de France n'a participé qu'une fois à l'épreuve, en 2003, sans passer le premier tour. Si elle faisait partie des équipes actives lors de la période d'ombre sur le football féminin, l'équipe de France a dû attendre le début des années 2000 pour trouver un nouveau souffle, avec la participation au Mondial, à deux Championnats d'Europe (premier tour en 2005, quart de finale en 2009). Elle participe entre 2004 et 2007 à l'Algarve Cup, compétition organisée chaque année au mois de mars par la fédération portugaise, rassemblant des équipes nationales de très haut niveau. L'équipe de France menée par Bruno Bini s'est qualifiée pour la prochaine Coupe du Monde, qui aura lieu du 26 juin au 17 juillet 2011 en Allemagne. Lors de la phase de qualification, elle a remporté tous ses matchs, avec 50 buts marqués, aucun encaissé. En plein décollage, le football féminin français de club et d'équipe national peut prendre définitivement son envol en cette année 2011, si la médiatisation est au rendez-vous.

 

 

Bibliographie sur la question :

Sur le sport féminin en général :

Christine Mennesson, Être une femme dans le monde des hommes. Socialisation sportive et construction du genre, Paris, L'Harmattan, 2005.

Sur le football féminin :

Laurence Prudhomme-Poncet, Ces dames du ballon rond. Histoire du football féminin en France au XXesiècle, Thèse de doctorat de STAPS sous la direction de Pierre Arnaud et Thierry Terret, Université Claude Bernard Lyon I, 2002.

Laurence Prudhomme-Poncet, Histoire du football féminin au XXesiècle, Paris, L'Harmattan, 2003.

Jean Williams, A game for rough girls ? A history of women's football in Britain, Londres, Routledge, 2003.

Xavier Breuil, Femmes, culture, politique. Histoire du football féminin en Europe de la Grande Guerre à nos jours, Thèse de doctorat d'histoire sous la direction d'Alfred Wahl, Université de Metz, 2010. Tome 1 : Entre combats et clandestinité (1916-1971). Tome 2 : Le temps de la maturité (après 1971). 

Xavier Breuil, Histoire du football féminin en Europe, Paris, Nouveau Monde éditions, 2011.

1Ces deux équipes s'étaient affrontées lors de la finale du 20 mai 2010 avec une victoire des Allemandes (0-0, 7 tirs au but à 6).   

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 23:39

Texte tiré de Thomas Rymer, Foedera, III, ii, 79, from Close Roll, 37 Edward III. English Historical Documents, Vol. IV, 1327-1485, London, 1969. Le texte original est en latin. 

The-Middle-Ages-Bild-1-La-Soule.jpg

The king to the sheriff of Kent, greeting. 

Whereas the people of our realm, nobles as well as commoners, usually practised in their games the art of archery, whereby honour and profit accrued to the whole realm and we gained not a little help in our wars, with God's favour; and now the art is almost totally neglected and the people amuse themselves with throwing stones, wood, or iron, or playing handball, football or "stick-ball" [pila caclaris] or hockey or cock-fighting; and some indulge in other dishonest games, which are less useful or worthwhile, so that the kingdom, in short, becomes truly destitute of archers. 

We, wishing to provide an appropriate remedy for this, order you that in all places in your shire, as well within liberties as without, where you shall deem to be expedient, you shall cause to be proclaimed that everyone in the shire, on festival days when he has holiday, shall learn and exercise himself in the art of archery, and use for his games bows and arrows, or crossbolts or bolts, forbidding all and single, on our orders, umeddle or toy in any way with these games of throwing stones, wood, or iron, playing handball, football, "stickball", or hockey, or cock-fighting, or any other games of this kind, which are worthless, under pain of imprisonment. By the king himself.

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 23:29

Les quarts de finale franco-français de H Cup disputés en Espagne ce week-end d'avril amènent à s'interroger sur les identités territoriales et leur utilisation dans le sport de très haut niveau. 

 

 

 

Les travaux en sciences sociales sur le sport ont souvent fait la part belle aux dynamiques identitaires véhiculées par le sport. Dans mes recherches, je travaille notamment sur la construction identitaire des supporters de Bordeaux, Marseille et Toulouse, présents sur place ou déterritorialisés. Ludovic Lestrelin a par ailleurs réalisé sa thèse sur ces "supporters à distance", qui a été publiée au cours de l'année 2010 (L'autre public des matchs de football. Sociologie des supporters à distance de l'Olympique de Marseille, Paris, EHESS, 2010). Raffaele Poli, géographe au CIES, a également travaillé sur les identités dans le football (Football et identités. Les sentiments d'appartenance en question, Neuchâtel, CIES, 2005).

Cette construction identitaire est bien présente dans les clubs sportifs. Le club est le porte-drapeau d'une communauté locale, régionale, parfois - mais de plus en plus rarement - nationale. En effet, toujours dans l'exemple du football, les exploits européens de l'AS Saint-Etienne dans les années 1970, de Bordeaux dans les années 1980, de Marseille dans les années 1990, voire même de Monaco en 2003-2004 ont pris l'image de succès français. Cette identité assumée est également travaillée par les clubs : les tournées estivales sur les plages de la région, le choix des couleurs, des symboles sur les maillots (le plan des quartiers de Marseille sur le maillot third de la saison 2007-2008 est un exemple parmi d'autres (http://www.footballistique.com/forum-foot/olympique-marseille/vt4026.foot), ce que John Bale nomme le "marketing périodique de localisation" (John Bale, Sports Geography, London, Spon, 1989). Cependant, dans le monde du football, ces identités régionales parfois transnationales ne sont pas mises en avant dans les compétitions, contrairement à d'autres sports collectifs comme le rugby. En effet, en 2004, pour le 8ème de finale de Coupe de France, l'Aviron Bayonnais Football reçoit le Paris Saint-Germain. Non homologué pour ce stade de la compétition, le stade Jean-Dauger, utilisé jusqu'aux 16èmes face à Bordeaux, ne peut accueillir le match. La première solution proposée par le club basque semble aller de soi : le stade d'Anoeta, à Saint Sébastien, est proposé avec comme replis Pau, Bordeaux et Paris. Au terme des discussions, l'identité territoriale véhiculée par le club, l'aspect pratique des 50km de distance entre les deux cités basques ne sont pas retenus au profit des règlements et le match est joué à Paris, au Parc des Princes. Les réglements ont également eu raison des demandes du club savoyard d'Evian-Thonon-Gaillard FC, qui a demandé d'évoluer sur le stade de Genève, de plus de 30 000 places et totalement neuf. L'UEFA refusa la demande du club, refusant de créer un précédant, et l'ETG FC dut se résoudre à déménager à Annecy et évolue au Parc des Sports, de 12 500 places. 

 

La situation à l'échelle européenne avec l'ERC dans le monde du rugby a permis de décloisonner les frontières et associer compétition, accueil d'un public conséquent et identié territoriale valorisée. Le Biarritz Olympique a été le premier à disputer des matchs sur le terrain ... de la Real Sociedad, à Saint Sébastien, mettant en avant ainsi l'identité basque. Pour les matchs de H Cup, le BOPB quitte son parc des sports d'Aguilera de 15 000 places pour Anoeta et ses 32 000 places. La brèche a été exploitée par la suite par l'Aviron Bayonnais Rugby, qui, dernièrement, a joué un match de Top14 devant un stade d'Anoeta plein face au Stade Toulousain (5 mars 2011).Le Biarritz Olympique continue aussi d'occuper la brèche, le 26 mars dernier pour le derby du Pays Basque face au voisin bayonnais, et ce dimanche 10 avril face au Stade Toulousain en quart de finale de H Cup. 

 

Un troisième club a occupé cette brèche de l'identité territoriale transnationale : Perpignan, dont le nouveau discours identitaire s'appuie sur la catalanité. L'USAP et le FC Barcelone sont devenus partenaires, avec comme publicités des rencontres entre joueurs, un dessin animé où les joueurs du Barça jouent au rugby. C'est aussi ce qui a permis à l'USAP d'évoluer ce 9 avril sur le stade Olympique Lluis-Companys, le stade de Montjuic (55 000 places), pour ne pas abîmer la pelouse du Camp Nou (99 000 places) à la place du stade Aimé-Giral (14 593 places). Ce stade auparavant occupé par l'Espanyol Barcelone (de 1997 à 2009) et les Dragons de Barcelone/FC Barcelona Dragons (franchise catalane de football américain, de 1991 à 2003) est devenu le stade de l'équipe de Catalogne de football, non reconnue par la FIFA. 

 

Les identités territoriales se trouvent ainsi insérées dans la compétition sportive rugbystique à travers des partenariats entre clubs français de rugby et clubs espagnols de football. Dans un pays où dominent football, basket-ball et handball, le rugby peut trouver là un moyen de se développer, même si ces deux cas de figure s'appliquent dans des communautés autonomes. L'équipe nationale d'Espagne de rugby à XV dispute la troisième division mondiale de l'IRB, soit un niveau faible dans le contexte actuel d'hyperrugby (Xavier Lacarce, Vers l'hyperrugby, Bordeaux, Bord de l'Eau Editions, 2009) malgré sa participation à la coupe du monde de rugby 1999. Cette brèche créée par l'ERC, désormais autorisée par la LNR, est une des solutions à l'utilisation intelligente des stades. Au lieu de construire un stade trop grand pour certaines rencontres de Top 14 et trop petit pour certaines rencontres de H Cup ou d'Amlin Challenge Cup, les clubs de rugby mettent à profit leur identité territoriale pour utiliser des installations sportives frontalières, plus proches que les solutions pouvant être proposées en vertu des règlements. Ces partenariats s'inscrivent donc das une perspective de développement durable et de pérennisation de certains équipements, et d'association identitaire entre différentes entités sportives.

 

Cet article a été écrit le 9 avril 2011 (http://brechessportives.blogspot.com).

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 23:14

LE MONDE DES TRIBUNES DES ANNÉES 1970 À NOS JOURS

PRATIQUES ET DIFFÉRENCIATIONS DES COMMUNAUTÉS LATINES

(BORDEAUX, MARSEILLE, TOULOUSE)

 

Ce résumé est une adaptation de la présentation faite lors de la soutenance du 29 avril 2011 avec pour jury Christophe Bouneau et Jean-Paul Callède.


Amateur puis supporter de football plus ou moins engagé, issu d'une famille non moins intéressée par le ballon rond, le passage de la licence au master a été l'occasion de joindre l'utile à l'agréable, de faire d'une passion un objet de recherches.


Cette recherche a vu son thème évoluer au gré des discussions avec Christophe Bouneau et Jean-Paul Callède. Le choix s'est porté sur l'étude d'un caractère commun, la latinité supposée, entre les supporters du sud de la France (Bordeaux, Marseille, Toulouse), d'Espagne (Madrid, Barcelone, Bilbao) et d'Italie (Turin, Rome, Naples), laissant de côté l'idée d'une comparaison française entre nord et sud du pays. Les différentes lectures et recherches ont réorienté le sujet, tout comme l'évolution de la problématique. L'intégration au programme GENERATIO1, porté par Christine Bouneau et Jean-Paul Callède, a entraîné un changement d'approche. Le questionnement choisi est de voir si l'assistance et la mobilisation autour des matchs de football à Bordeaux, Marseille et Toulouse a constitué et constitue un espace de socialisation, de construction sociale pour les supporters, et notamment les jeunes supporters. Le caractère latin a été réintégré dans une problématique identitaire, l'identité et l'identification étant à la base de la socialisation. Trois grands thèmes s'intègrent dans les dynamiques supportéristes de construction sociale. L'identité et l'identification, les instances de socialisation à la disposition des supporters et l'expression des supporters dans le stade, cœur de la mobilisation, sont les trois piliers qui composent cette étude. Au sein de chaque thème, des perspectives diachroniques ont été privilégiées pour mettre à jour les pratiques et spécificités de la construction sociale dans le monde des tribunes.

 

Les sources mobilisées pour l'étude sont d'une grande diversité. Elles respectent deux logiques principales. Premièrement, l'essentiel des sources à disposition concernent Bordeaux et le FC Girondins de Bordeaux. Lieu de l'étude et contraintes matérielles obligeant, le cas bordelais a été privilégié. Les cas toulousain et marseillais ont été abordés à travers une bibliographie plus ou moins abondante. Les supporters de l'Olympique de Marseille ont fait l'objet de nombreuses études et travaux, à commencer par ceux de Christian Bromberger à la fin des années 1980. La deuxième tendance a été de sortir d'un corpus supportéro-centré. Pour chaque type de source, l'effort a été fait de mobiliser des documents émanant des supporters, des clubs, des institutions et de la presse. Les sources audiovisuelles ont été utilisées. Ces documents proviennent des groupes de supporters et de journaux télévisés. Les sources imprimées émanent de la presse non spécialisée, avec le quotidien Sud-Ouest, de la presse des clubs, ici des Girondins de Bordeaux essentiellement, et des écrits de groupes de supporters, notamment les fanzines. Internet a été une source importante, respectant la triple entrée club-supporters-institutions. Le corpus s'agrémente également de sources orales. Des entretiens d'information ont eu lieu avec des acteurs du monde du football, ayant un lien plus ou moins direct avec les publics. Enfin, des sources inédites ont été découvertes, issues du fonds Girondins de Bordeaux (224S) des archives municipales de Bordeaux. Un choix a été fait en ciblant le dépouillement de trois cartons d'archives spécifiques : le dossier ASGB (Association des Supporters des Girondins de Bordeaux), le dossier billetterie, qui a permis l'analyse de 283 matchs à domicile entre 1980 et 1991 et le dossier boutiques, composé de feuilles de caisse et de feuilles de stocks des différents points de vente jusqu'à 1991. C'est à partir de toutes ces sources que la question de la construction sociale des supporters a pu être abordée.

 

 

L'identification et l'identité constituent le premier pilier dans la construction sociale des supporters. Ils trouvent dans leur club favori des repères identitaires rassurants et divers. Si certaines identités sont issues de bricolages plus ou moins crédibles, la quête identitaire revêt plusieurs formes. Une identification sur le court terme existe, vécue à travers les joueurs et l'équipe du moment. Sur le moyen terme, une partie des publics s'identifie au club et aux valeurs qu'il véhicule dans sa globalité. Enfin, certains s'appuient sur une identité locale et régionale qui est incarnée par le club et qui correspond à un temps long de l'identification. Les supporters prennent part à cette construction, mais celle-ci est aussi initiée par le club à travers diverses pratiques, diverses offres événementielles et commerciales. Par ces offres, ils cherchent à fidéliser leurs publics, et en trouver de nouveaux, locaux ou à distance. La hausse de la télédiffusion des matchs suscite également des vocations supportéristes.

Les affluences lors des matchs participent de cette analyse avec des mobilisations différenciées, selon les résultats et d'autres variables. Le club, par des offres en matière de billetterie, cherche à fidéliser ses supporters, mais aussi à favoriser une reproduction sociale de la venue au stade, ainsi qu'une féminisation des publics. La vente de produits dérivés constitue également un vecteur identitaire important. C'est le rôle premier qui peut être donné au merchandising. À côté de cela, une économie des tribunes se développe, d'abord en tant que relai du club, puis dans des circuits séparés, le tout dans le cadre d'associations de supporters.

 

Les associations de supporters sont le lieu de socialisation d'une partie des supporters. Celles-ci ne rassemblent pas une majorité des supporters d'un club mais elles sont les formations les plus expressives dans la mobilisation autour des clubs et celles qui produisent le plus de sources. La dynamique associative dans le sport est une dynamique ancienne, tout comme la mobilisation associative autour des clubs. Dès les années 1970, à Marseille et Bordeaux, des associations inféodées aux clubs se développent, jouant un rôle proche de celui d'un comité d'entreprise. Dans les années 1980, les associations officielles ont été rejointes par des associations autonomes. Cette tendance est liée aux modifications structurelles du monde du football, l'entrepreneurialisation du football professionnel, et les changements architecturaux, rapprochant le public du terrain. Une troisième tendance s'affirme dans les années 1990 avec l'explosion d'une nombre d'initiatives et d'associations. On passe d'un temps des tribus postmoderne très limité à un individualisme hypermoderne, les insatisfaits créant de nouvelles structures. La dynamique associative s'accompagne de tentatives fédératives, à l'échelle ultra-locale (la tribune), locale ou nationale, initiée soit par les groupes, soit par le club, soit par les institutions.

L'organisation des groupes en tribune et en coulisses répond de logiques différenciées. La définition des membres est fluctuante, selon la perspective choisie. Certains supporters trouvent dans l'investissement associatif un moyen de se construire une carrière, soit parallèle, soit formatrice, ayant un impact plus ou moins fort sur leur vie professionnelle. La collégialité semble être à la base de la gestion de ces associations, qu'elles soient affiliées ou non au club. Les associations se mettent en réseau, tant en interne, par différents moyens de communication, qu'en externe, notamment par des liens amicaux avec d'autres groupes français et étrangers. Ces liens s'éprouvent parfois dans des compétitions. La place de la politique puis du politique est importante, malgré des tâtonnements identitaires à ce sujet. De nombreuses revendications sont mises en avant par les groupes, tant concernant le football qu'au-delà de ce cadre. Cet engagement se traduit aussi par l'organisation d'actions citoyennes récurrentes.

 

Les pratiques socialisatrices des supporters s'incarnent aussi dans l'expression au cœur de la mobilisation, dans le stade. Paradoxalement, le soutien structuré à l'équipe s'est développé avec l'émergence des associations autonomes. Auparavant, un soutien festif et expressif était de mise à partir des années 1970. Le club participe à cette ambiance à travers l'exhibition de produits dérivés en tribunes, et tente d'instaurer une ambiance officielle à travers la présence d'un speaker. Le soutien à l'équipe s'organise avec les associations autonomes qui proposent des animations de plus en plus complexes, selon le niveau de compétition et l'enjeu des rencontres. Ces animations permettent aussi d'afficher les revendications des groupes, de discréditer l'adversaire, de mettre en avant des membres ou des actions. L'animation et la mobilisation se déplacent dans les différents stades. À l'échelle du championnat, on passe de déplacements massifs uniquement pour les matchs importants à une présence régulière mais limitée par les règlements. À l'échelle européenne, un tourisme sportif se développe à travers les pratiques individuelles, associatives, mais surtout du club.

L'étude du monde des tribunes ne peut se faire sans aborder la question de la violence. La recherche universitaire ne s'est jamais démentie, des années 1970 aux années 2000, passant d'un foyer britannique à une recherche européenne diversifiée. Les mesures à l'échelle européenne ont augmenté à partir des événements du Heysel en 1985. La législation française est passée d'une gestion par le droit commun à une gestion spécifique, avec une forte tendance à la criminalisation des supporters. Les associations de supporters et leurs membres cristallisent la lutte institutionnelle contre les supporters violents. Les violences sont difficilement cernables. Leur nature dépend de la perception qu'en ont les autorités, les chercheurs, les forces de l'ordre et les supporters eux-mêmes. Si l'on s'en tient aux violences considérées par les règlements, elles sont relativement constantes saisons après saisons mais restent sporadiques. Elles correspondent essentiellement à des rivalités ancrées, à la fois entre adversaires sportifs, et entre groupes de supporters qui entretiennent des contentieux. La mobilisation des forces de l'ordre autour des rencontres ne cesse d'augmenter à partir de 1985. La force publique est rejointe par des sociétés privées de sécurité à la fin des années 1990. Les violences, à la fois rituelles et réelles, existent dans les tribunes latines sans être une figure imposée.

 

 

Toutes ces tendances et évolutions sont liées aux modifications structurelles touchant le football et les tribunes à partir des années 1970. De 1975 à 1999, le football professionnel passe d'une structure associative à une structure entrepreneuriale. Cette dynamique voit l'essoufflement du rôle des associations officielles, qui fournissaient de nombreux bénévoles. La législation en matière de sécurité entraîne des modifications essentielles dans l'attitude des spectateurs. Les modifications architecturales des stades sont d'abord liées à la volonté des clubs d'attirer un public toujours plus nombreux, puis aux mesures de sécurité visant à contenir d'éventuelles débordements des spectateurs. La période de l'étude est une charnière menant au IIIe siècle du football, le XXIe siècle, au cours duquel l'entreprise sportive qu'est le club assume son statut d'entreprise de loisir. Ce travail a également permis l'exploration d'une grande quantité d'ouvrages et d'articles scientifiques sur le football et la mobilisation des supporters.

Si l'étude semble composite, elle ouvre trois champs de réflexion. Les clubs doivent être désormais étudiés en tant qu'entreprises. Ce sont les entreprises sportives qui ont à être étudiées, leurs structures, leurs dynamiques propres, et la transformation du spectacle sportif. La quête des origines concernant les associations de supporters doit se poursuivre. Ce travail a été fait pour le nord de la France par les auteurs du Peuple des tribunes. Cette recherche sur un mouvement sportif associatif de marge doit être menée pour retracer la mobilisation autour des équipes de football. Enfin, comme le demandait Alfred Wahl à l'INSEP en 1995, il faut replacer l'histoire des supporters et l'histoire du football dans un cadre historique plus large, à l'échelle de la fin du XIXe siècle et du XXe siècle. En effet, replacer les violences dans l'histoire de la violence au XXe siècle, notamment de la violence juvénile, peut permettre de voir si les incivilités des spectateurs sont marginales, ou alors se situent dans une dynamique plus générale de hausse de la violence ordinaire.

1 La construction des jeunes générations en Europe (XIXe-XXe siècles). Formes d'organisation et mobilités. Modélisation(s) et perspectives comparées, 2011-2015

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Published by VincentM
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